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BATAILLE JUDICIAIRE À MEAUX AUTOUR D’UN TABLEAU DE PISSARO SPOLIÉ SOUS L’OCCUPATION

Le procès qui s’ouvre à Meaux oppose une famille d’agriculteurs du département, les Mullot, à Jean-Jacques Bauer. Au cœur du litige, un tableau du peintre impressionniste Camille Pissarro, « La Fileuse, intérieur breton ». Il appartenait à la collection de Simon Bauer, selon son petit-fils Jean-Jacques, avant qu’il ne fût dépouillé par le régime antisémite de Vichy aux ordres des occupants.

A 92 ans, Jean-Jacques Bauer n’a rien perdu de son allant. Il en avait 12 en 1943, quand son grand-père fut arrêté et spolié de ses tableaux, et 16 ans lorsque ce dernier disparut, en 1947, sans les avoir retrouvés.

Depuis, il n’a jamais cessé de chercher à récupérer les œuvres rassemblées par Simon Bauer. Il y en avait 93, essentiellement dues aux pinceaux des impressionnistes, dont Edgar Degas, Berthe Morisot, Alfred Sisley ou Eugène Boudin, sans oublier Camille Pissarro.

Ils figurent sur le registre des œuvres d’art confisquées par les nazis, qui sont réputées incessibles et doivent en principe être restitués aux ayants-droit de leurs anciens propriétaires. Pour s’en assurer, Jean-Jacques Bauer se tient depuis des décennies au courant des ventes et des expositions où il est susceptible d’en trouver trace. C’est ainsi qu’en 2019, il a aperçu « La Fileuse » dans le catalogue d’un commissaire-priseur.

Il était devenu la propriété de la famille Mullot, qui avait décidé de s’en séparer à l’occasion d’une succession. L’avocat de Jean-Jacques Bauer a fait stopper la vente et réclamé la restitution du tableau de Pissarro. Les vendeurs ont répliqué que le tableau était dans la famille depuis 1912, bien avant la guerre. Ils sont soutenus dans leur défense par le commissaire-priseur qui devait effectuer la vente. Mais d’après le conseil de M. Bauer, ils n’auraient produit aucune preuve à l’appui de leur thèse, ni certificat, ni facture, ni assurance.

Le tribunal de Meaux aura donc à décider du destin de « La Fileuse », évaluée, compte tenu de la célébrité du peintre, à plusieurs centaines de milliers d’euros. 

Le précédent de « La Cueillette des pois » 

Une autre affaire récente illustre la détermination de Jean-Jacques Bauer. « La cueillette des pois », du même Camille Pissarro, avait disparu depuis 50 ans, lorsqu’elle a été acquise, lors d’une vente aux enchères à New-York en 1995, par un couple de richissimes promoteurs américains, les Toll. Il ornait leur fastueuse ville de Palm Beach. En 2017, ils l’ont prêté pour une exposition sur Pissarro au musée Marmottan. C’est là que l’œil de lynx de Jean-Jacques Bauer l’a repéré. Il l’a fait saisir et placer sous séquestre au musée d’Orsay.

Les Toll ont argué de leur bonne foi et sont allés jusqu’à la Cour de cassation pour faire valoir leurs droits. Mais, le 1er juillet 2020, celle-ci a estimé que l’ordonnance d’avril 1945, qui déclare nuls tous les actes de spoliation commis sous l’Occupation, s’étend aux reventes successives et empêche les acquéreurs ultérieurs d’être considérés comme les propriétaires légaux des biens spoliés.

« La Cueillette des pois » a été rendue à la famille Bauer, tandis que le couple américain dessaisi exige maintenant d’être indemnisé par l’Etat français à hauteur de 1,5 millions d’euros.

Crédit photos: Tableau « La Cueillette des Pois » de Pissaro.

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