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CHAMPAGNE POINTILLART-LEROY : « DE LA POLICE CRIMINELLE À MA REPRISE DE L’EXPLOITATION »

Poursuivons notre série de découvertes en association avec Talentueuse Champagne et découvrons aujourd'hui Juliette. Cette viticultrice d’Écueil qui ne se destinait pas à ce métier n’a pourtant jamais oublié sa terre natale. Très dynamique et investie, la jeune femme a fait le pari du développement durable et souhaite retrouver une biodiversité au sein de son exploitation. Une manière pour elle de prendre soin du terroir, de pérenniser la vitalité de ses vignes et de poursuivre l’histoire initiée par les générations précédentes.

Présentez-vous ? Qui êtes-vous en quelques mots ?

Juliette Pointillart: Je m’appelle Juliette, j’ai 36 ans, nous sommes ici dans l’entreprise familiale de mes parents. Mon papa était agriculteur et avait aussi des vignes. J’ai repris l’exploitation du vignoble avec un regard un peu différent. C’est mon grand-père qui a commencé à élaborer du champagne, mes parents, par la suite, ont développé l’activité de champagnisation et de vente. Mon grand-père faisait environ 5000 bouteilles, mes parents, à sa suite, en ont produits jusqu’à 45 000.

J’ai commencé par des études de droit et je me destinais à travailler dans la police criminelle mais le destin en a décidé autrement car je ne mesurais pas la taille requise pour pratiquer cette mission. Après quelques petits boulots, j’ai décidé d’obtenir une capacité professionnelle agricole au cas où, j’ai appris avec un oeil différent et j’ai finalement adoré ça.

Mon installation officielle date de 2010 et je suis gérante de l’exploitation depuis 2012, mon papa m’a accompagné pendant deux ans pour me passer le flambeau. Aujourd’hui, les techniques évoluent et les jeunes vignerons se tournent davantage vers la biodiversité et des considérations plus environnementales. C’est un vrai tournant qui implique de vrais changements, on repense totalement la viticulture, et il convient de bien valoriser son produit.

Juliette Pointillart au sein de son exploitation.


Votre histoire familiale est plutôt riche de souvenirs et d’Histoire, comme on peut le lire sur votre site internet, « Les grandes histoires ne s’écrivent jamais seul », expliquez-nous cette devise ?

JP: C’est une histoire d’humain avant tout, de liens. L’entraide est très présente chez nous, à l’intérieur même de notre famille et partout ailleurs. Mes parents et mes grands-parents m’ont toujours inculqué cela.

La coopération d’Ecueil, par exemple, a été construite sur un terrain que mon grand-père a donné au village. Il souhaitait donc mettre en commun pour avoir un bel outil de travail à partager car chacun à son petit niveau ne pouvait pas avoir ses propres infrastructures. Elle existe encore d’ailleurs aujourd’hui.

De plus, je ne me considère pas du tout comme une concurrente des vignerons d’ici, nous sommes tous confrères et le but est d’aider l’Autre, on se prête du matériel et on se donne des conseils sur nos pratiques. Nous mutualisons nos efforts et cela paie car tout le monde a la volonté de travailler de la bonne façon.

Notre projet de viticulture raisonnée est aussi commun, notamment dans la pratique de la confusion sexuelle, c’est une lutte collective, qui ne va pas sans un certain partage des techniques. On se met tous autour d’une table, on se questionne, et on avance ensemble en apportant chacun notre pierre à l’édifice. J’aime être investie dans la vie de cette coopérative et le faire me permet de continuer d’exister, et ainsi, nous en vivons tous aussi. Grâce à mon papa, j’ai appris la curiosité, le questionnement et la faculté à essayer, toujours, quitte à se tromper et ce sont des valeurs très importantes pour moi.

Cette devise s’exprime aussi dans le choix de mes cuvées, comme par exemple, la cuvée des « Trois Soeurs » qui reflète vraiment les femmes de la famille, hommage à ces grandes dames que sont mes tantes et ma maman dans la tenue de l’exploitation.

Vous semblez très attachée au terroir, à la biodiversité, quelle en est pour vous la définition ? Comment cela s’articule concrètement au sein de l’exploitation ?

JP: La chose la plus importante, c’est d’arriver à se remettre en question tous les ans. Par exemple, nous ne souhaitons plus désherber et allons vers une technique de zéro herbicide, mais nous n’avions pas imaginé tout le travail à fournir avec la débrousailleuse qui finalement nous a paru trop chronophage.

Nous avons également testé les labours avec des chevaux pour finalement trouver le meilleur compromis en investissant dans une machine doté d’un système de brosses métalliques qui viennent brosser le sol.Nous respectons également au maximum les cycles naturels, que ce soit des insectes et des animaux, notamment par rapport à la confusion sexuelles des papillons et à notre utilisation des raks et des puffers. Nous observons et nous tentons de comprendre la sensibilité des espèces et certains secteurs, près de la forêt, nous nous en passons et nous réduisons au maximum les déchets laissés dans les vignes à cause des divers traitements. Pour nous, cela vaut le coup de faire évoluer ces techniques car nous voyons réapparaitre certaines espèces pour notre plus grande joie.

Je travaille sur 5 hectares. Il faut arriver à trouver des compromis car le travail de la vigne en Champagne est très particulier du fait de l’étroitesse des vignes. Je n’ai pas la science infuse et j’aime que les vignerons autour de moi me donnent leurs conseils avisés. Nous échangeons pour évoluer et nous en tirons donc une force qui profite à chacun.

Quelle est, selon vous, la place de la femme dans le monde du Champagne ?

JP: C’est effectivement un milieu assez masculin, qui toutefois se féminise de plus en plus. Je suis évidemment pour le droit des femmes et l’égalité mais je ne suis pas féministe car ce sont des hommes, dans la bienveillance, qui m’ont appris mon métier. ll y a, sans doute, des femmes qui subissent la dévalorisation de leur travail de viticulture et je trouve cela inadmissible.

Evidemment, je présume que, lorsque je me suis installée, en tant que femme, jeune, cela n’a pas plu à tout le monde, d’autant que les vignes sont donc restées dans la famille et non pas pu profiter à une tierce personne. J’ai, tout de suite, posé beaucoup de questions, concernant les raks notamment, et évidemment, je suis passée pour celle qui voulait révolutionner la viticulture. Mais, au fil du temps, la confiance s’est installée et ma voix est davantage entendue et comprise, l’essentiel étant pour moi de savoir me remettre en question et progresser. La sensibilité féminine apporte peut-être aussi quelque chose de différent au Champagne.

Les femmes ont toujours été présente dans la viticulture, et a toujours eu un rôle très important, malgré le fait qu’elles soient parfois dans l’ombre. Elles sont, aujourd’hui, davantage dans la lumière. A l’inverse, il y a aussi beaucoup d’hommes seuls, il ne faut pas l’oublier. Je crois qu’aujourd’hui comme hier, les femmes sont tout à fait capables de mener seules leur barque et de prouver qu’elle sont tout aussi méritantes que les hommes, responsables d’exploitation.

Toutefois, je n’ai pas peur de dire qu’il y a des choses que je serais incapable de faire sans l’aide d’un homme. J’appelle donc à l’entraide et à la bienveillance surtout.

Parlez-nous de vos cuvées et de la particularité de chacune d’entre elles ?

JP: Il y a un lien familial très fort dans le choix de mes cuvées. Au fil des années, j’ai souhaité rendre hommage aux femmes et aux hommes de ma famille. Toute la gamme est liée à ceux qui m’ont aidé à en être là aujourd’hui.

La cuvée des « Trois soeurs » est un rosé d’assemblage. Il est composée à 85% de Pinots Noir et 15% de Pinot Meunier. Comme évoqué plus haut est un clin d’œil à ma maman et ses 2 deux soeurs, pour le travail qu’elles ont accompli, en aidant mon père. Des femmes d’exception pour nous.

La cuvée « Descendance », est l’emblème de la maison, en honneur aux générations passées. Assemblage de Pinot Noir et de Pinot Meunier, cette cuvée est vinifié avec un soin tout particulier pour refléter l’harmonie.

La « Fondation 1910 », faite de 70% de Pinot Noir et 30% de Chardonnay, c’est l’année de démarrage de la viticulture dans notre famille, les débuts du travail de la vigne, pour l’amour du vin, du produit fini. Car, rappelons-le, il était plus intéressant d’être cultivateur que viticulteur à cette époque.

L’ « Ode à la joie », composée de 50% de Pinot Noir et 50% de Chardonnay, porte très bien son nom. Cette cuvée fait référence à l’hymne à la joie qui est le symbole de la réunification franco-allemande. Cela remonte avant la 1ère guerre mondiale, ma famille s’est liée d’amitié avec une famille en Allemagne, la grande guerre en marche, les hommes sont partis au front et finalement, nos 2 familles se sont retrouvées. Lors de la seconde guerre mondiale, mon grand-père, André Leroy, s’est retrouvé déporté et a pu être libéré grâce à l’aide d’un médecin allemand Monsieur Alois Felten, de cette famille et a pu rentrer en France. C’est une très belle histoire qui a marqué nos vies.

Je souhaite par ailleurs testé une cuvée 100% Meunier avec la parcelle qui est actuellement travaillée au cheval. L’année dernière nous n’avons pas pu, du fait du temps, mais nous tenterons pour cette année car le cépage Meunier est très particulier. Faire du nouveau, sortir de sa zone de confort, c’est toujours très challengeant.


L’association entre Pointillart-Leroy et Talentueuse Champagne, une avancée considérable en matière de commercialisation ? 

JP: J’ai saisi l’opportunité qui m’a été donnée de faire partie de ce réseau de distribution il y a quelques temps. Il faut savoir qu’au départ quand j’ai repris l’exploitation familiale, mes parents ne faisaient pas du tout d’export, il fallait donc faire nos armes. J’ai réussi à ouvrir certains pays à l’export, mais j’avais évidemment besoin d’un peu d’aide. Le tout premier pays a été l’Italie, puis, d’autres se sont ensuite enchaînés rapidement, comme l’Estonie, l’Autriche, la Suède, etc. C’est une belle vitrine que nous aurions pas sans le travail de Talentueuse Champagne, une visibilité à ne pas prendre à la légère.

Il y a, toujours eu, malgré le Covid, un suivi client exemplaire. La distribution est un vrai métier et chacun a le sien. C’est la simplicité de la communication et le professionnalisme de l’équipe qui m’a conquise.

C’est agréable de ne pas être seule. Grâce à Talentueuse Champagne et son réseau, j’ai rencontré d’autres vignerons de Champagne que je ne connaissais pas et j’ai bien échangé sur plusieurs problématiques, et cela a été très propice à nos évolutions respectives.

Enfin, pour finir, je dirais que cela ouvre des perspectives de marché et que cela diversifie la clientèle et on en a bien besoin encore aujourd’hui !

Crédit photos: Talentueuse Champagne.

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