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COTEAU DE CHARTÈVES : LES RAISINS DE LA DISCORDE

C’est l’énième rebondissement d’un feuilleton qui n’en finit plus d’enflammer les débats. Il y a quelques jours, « Chartèves Protégeons notre environnement » (CPNE), ainsi que quatre autres associations environnementales, ont annoncé avoir formé un recours en nullité contre l’arrêté préfectoral pris le 10 juillet dernier portant sur le projet de dérogation « espèces protégées » relative à la […]

C’est l’énième rebondissement d’un feuilleton qui n’en finit plus d’enflammer les débats. Il y a quelques jours, « Chartèves Protégeons notre environnement » (CPNE), ainsi que quatre autres associations environnementales, ont annoncé avoir formé un recours en nullité contre l’arrêté préfectoral pris le 10 juillet dernier portant sur le projet de dérogation « espèces protégées » relative à la plantation viticole sur le coteau du Pseautier à Chartèves.

Depuis plus de 30 ans, le petit village de la vallée de la Marne, près de Château-Thierry, est le théâtre d’une opposition entre défenseurs de l’environnement et viticulteurs champenois. Dans les années 1980, ces derniers ont fait l’acquisition de parcelles représentant une trentaine d’hectares, situées dans le périmètre de l’appellation Champagne, pour y replanter de la vigne, disparue dans les années 1920 avec le phylloxera. Or, depuis, des maisons ont été construites et les habitants craignent de subir le ruissellement des eaux de pluie et d’éventuelles coulées de boue, alors qu’à flan de coteau, la déclivité est de l’ordre de 40 %.

©Crédit photos: @Shutterstock

Le nouveau maire du village, Pascal Richard, partage cette inquiétude. « Aujourd’hui, ma priorité reste la sécurité des personnes et de leurs biens. » Concernant l’argumentaire environnemental, l’édile préfère s’en remettre à Christian Vacher, secrétaire et membre historique de CPNE, intarissable sur le sujet.

L’ancien secrétaire de mairie est en première ligne depuis le début de cette histoire qui depuis 1995, année où un « accord exceptionnel avait été trouvé entre les parties », ne cesse de connaître des rebondissements, au gré des évolutions administratives et juridiques, des velléités économiques mais aussi du désintérêt de certaines collectivités locales. « Il y a 25 ans, nous avions signé un protocole d’accord pour l’aménagement du coteau qui satisfaisait l’ensemble des protagonistes », se souvient Christian Vacher. « En s’appuyant sur les avis scientifiques, les trois quarts du coteau étaient réservés à la viticulture et un quart constituait la réserve naturelle volontaire avec une zone tampon pour protéger les habitations. La biodiversité, quant à elle, était préservée. »

En 2001, l’officialisation de la réserve naturelle volontaire respectant toutes les dispositions de ce protocole d’accord sera même actée. Mais l’année d’après, cet accord deviendra caduc avec l’entrée en vigueur de la réforme du Code de l’environnement qui fait disparaître les réserves naturelles volontaires au profit des réserves naturelles régionales et transfert la compétence de l’État au conseils régionaux. Les opérations de remembrement s’arrêtent, provoquant la colère des vignerons et, face au peu d’implication de la région Picardie, la situation se retrouve bloquée.

Pendant ce temps, de nombreuses études menées, notamment par le Conservatoire national de protection de la nature (CNPN), par la Ligue de protection des oiseaux (LPO) ou encore par le Conservatoire botanique national de Bailleul, mettent en exergue l’exceptionnelle  richesse des espèces floristiques et faunistiques,  « rares et protégées », du coteau de Chartèves et remettent en cause la répartition entre espace cultivée et espace réservée à la biodiversité. La pelouse et les ourlets calcicoles thermophiles méritent, selon les spécialistes, une attention particulière.
En 2015, la région Picardie revient dans le dossier, avec de nouvelles études, et présente un projet de répartition 50/50. La préfecture réunit alors les protagonistes de 1995 autour de la table. « Le Comité interprofessionnel des vins de Champagne (CIVC) avait donné son accord de principe, ce qui aurait permis de reprendre les opérations de remembrement, mais au dernier moment, sous la pression des vignerons locaux, a refusé de signer. » Retour à la case départ.

Mais, depuis, le nouveau préfet de l’Aisne semble avoir entendu les arguments de la filière viticole et, sans concertation, ni avec la mairie de Chartèves, ni avec les associations environnementales impliquées dans le dossier, a pris un arrêté visant à obtenir « une dérogation relative aux interdictions de destruction, d’altération, ou de dégradation de sites de reproduction ou d’aires de repos d’animaux d’espèces animales protégées et la destruction de spécimens d’espèces végétales protégées du coteau du Pseautier à Chartèves ». Et a provoqué la colère et l’incompréhension des membres de l’association CPNE et d’une grande partie des habitants de la vallée.

Ce « projet flou, absurde et incohérent ne prend en compte que les arguments économiques qui restent encore à démontrer », explique Christian Vacher. « Comment expliquer aux habitants aujourd’hui, qu’on va replanter de la vigne alors qu’avec les quotas en vigueur, beaucoup de grappes restent sur les pieds ». Pour le défenseur de l’environnement, ce projet est pire que celui de 1995 puisqu’il ne prend plus en compte le protocole d’accord et n’a plus d’effets contraignants, sans cahier des charges respectueux de la biodiversité. L’avenir du coteau de Chartèves se jouera donc devant la juridiction administrative.

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