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LA RÉFORME DES RETRAITES EST NÉCESSAIRE, MAIS PAS URGENTE

Au mois de septembre, le COR (Conseil d’Orientation des Retraites) a rendu public son dernier rapport sur les « évolutions et perspectives des retraites en France ». Si ce rapport a très vite fait l’objet de commentaires alarmistes, son contenu s’avère pourtant rassurant et conduit à conseiller de ne pas réformer dans la précipitation.

De la fin de la Seconde Guerre mondiale au début des années 1970, la France a enregistré près de vingt-quatre millions de naissances, soit une moyenne de plus de huit cent mille naissances par an. Durant la même période, la population a pu bénéficier des progrès de l’hygiène et de la médecine, de l’augmentation du niveau de l’instruction, de la distribution d’équipements électroménagers, de la simplification des conditions de travail permise par le déploiement des outils informatiques, du développement des loisirs et du tourisme.

Toutes ces évolutions ont fait reculer la mortalité. Dans les dernières projections du COR, l’espérance de vie à soixante ans des hommes pourrait atteindre 25,6 ans en 2040 et 29,3 ans en 2070 ; celle des femmes 29,2 ans en 2040 et 31,3 ans en 2070.

Le baby-boom et l’augmentation de l’espérance de vie ont logiquement contribué à augmenter le nombre de retraités. Ils ne sont cependant pas les seules explications aux défis d’aujourd’hui car, en plus d’être de plus en plus nombreux, les retraités sont aussi de mieux en mieux assurés. Jusque dans les années 1960, la retraite était une période de paupérisation pour la majorité des Français. La création de la Sécurité sociale, l’institution de l’Assurance vieillesse puis la mise en place de l’allocation de solidarité aux personnes âgées ont permis d’améliorer progressivement la situation. 9,5 % des retraités vivent encore malheureusement en-dessous du seuil de pauvreté mais, dans une étude récente, l’INSEE a mesuré qu’en 2018, les retraités avaient « un patrimoine net 35 % plus élevé que celui des actifs ». Dans son dernier rapport, le COR ajoute que « le taux de pauvreté des retraités est très inférieur à celui de l’ensemble de la population » et que « le niveau de vie moyen des retraités demeure légèrement supérieur à celui de l’ensemble de la population depuis le milieu des années 1990 ».

Il est aisément compréhensible que l’augmentation de l’espérance de vie et l’amélioration du niveau de revenu des retraités rendent nécessaires de procéder à des ajustements paramétriques, qui consistent généralement à revoir les taux de cotisation, le nombre de trimestres d’affiliation et l’âge légal de départ. Contrairement à ce qu’affirment certains responsables politiques, les différentes réformes engagées depuis 1993 ont donné des résultats probants et permis de sauvegarder notre modèle de financement par répartition. Le COR ne manque pas de signaler, qu’en 2021, « le système de retraite a été excédentaire de près de 900 millions d’euros » et qu’en 2022, il « connaîtrait un excédent de 3,2 milliards d’euros ».

En 2021, les pensions versées à nos dix-sept millions de retraités ont représenté un montant total de 345,1 milliards d’euros, ce qui correspondait alors à 13,8 % du PIB. En se basant sur de multiples hypothèses démographiques, macroéconomiques et juridiques, le COR élabore des conventions statistiques. C’est sur la base de ces différentes conventions qu’il peut prévoir qu’en 2070, « la part des dépenses de retraite dans le PIB serait comprise dans une fourchette allant de 12,1 % à 14,7 % ». Par conséquent, le COR réfute « le bien-fondé des discours qui mettent en avant l’idée d’une dynamique non contrôlée des dépenses de retraite ». Si les prévisions ne sont pas excessivement préoccupantes, c’est qu’à l’exception de l’indicateur conjoncturel de fécondité, les tendances sont favorables. Le COR souligne ainsi que les politiques de soutien à l’emploi et à l’apprentissage permettent d’améliorer le taux d’activité des jeunes, que l’âge moyen des départs devrait continuer à augmenter en passant « de 62 ans en 2018 pour s’établir à environ 64 ans vers 2040 » compte tenu du recul progressif de l’âge d’entrée dans la vie active et de l’augmentation de la durée d’assurance requise pour bénéficier d’une retraite au taux plein.

Le COR se montre finalement très réservé sur l’opportunité d’une réforme à brève échéance. Son rapport explique d’ailleurs qu’un report de l’âge légal de départ « conduirait à une hausse de la population active » donc à « un déséquilibre à court terme du marché du travail ». Dans L’Express, l’ancienne ministre Marisol Touraine a récemment ajouté : « je ne lis pas dans le rapport du Conseil d’Orientation des Retraites une alerte financière particulière ». Si tant est qu’une réforme soit à engager, il serait légitime qu’elle ne concerne pas le secteur privé, mais plutôt les régimes spéciaux. Depuis déjà plusieurs années, ces régimes perçoivent des subventions publiques, sans lesquelles ils seraient insolvables. Le COR reconnaît ainsi que « le financement des régimes spéciaux est quant à lui assuré en grande partie par une subvention d’équilibre versée par l’État ».

Ces subventions représentent notamment plus de 60 % des ressources des caisses de retraite de la SNCF et de la RATP. A l’inverse, les régimes des salariés et des travailleurs indépendants sont gérés de façon très responsable, à l’exemple de l’AGIRC-ARRCO qui fait, chaque année, des placements permettant de cumuler des revenus et de disposer désormais de plus de soixante-neuf milliards d’euros de réserves de financement. Un magot sur lequel l’État lorgne maintenant avec avidité.

Thierry Legrand-Browaëys, contributeur. 

Crédit photos: GoodLuz- Shutterstock.

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