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« LA RÉGION OCCITANIE EST CHÈRE À MON CŒUR » ANAÏS-ANDRÉ ACQUIER, DIRECTRICE DU THÉÂTRE ET DE LA COMPAGNIE L’ÉCOUTILLE

"Coller, recoller les morceaux de cette humanité. Retrouver par l’art le sens premier de ce que nous sommes... humains."

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre compagnie en détail ?

Il serait certainement très long de me présenter ou de présenter mon parcours étant dans le milieu artistique depuis mon enfance… De découvertes en formations en France et à l’étranger, je suis maintenant tour à tour performeuse, plasticienne du geste, marionnettiste, créatrice de masques et de marionnettes, pédagogue et directrice artistique de la Compagnie Théâtre L’écoutille où je créé des spectacles, des performances.

Mon langage est le corps. Le corps comme espace de création.

Du mouvement à la matière, du geste à la danse, du mime parfois en passant par les arts plastiques, l’objet, la marionnette, le clown, les masques, la création sonore, la vidéo et la photo, j’explore et expérimente ces transversalités avec la compagnie Théâtre L’écoutille. Par mes diverses interventions, je mets en œuvre la poésie gestuelle et sensitive avec matières, marionnettes et masques dans toutes mes créations pour l’espace public, les lieux non conventionnels, la rue, les lieux patrimoniaux ou les salles, les festivals…

La Compagnie Théâtre L’écoutille œuvre dans trois directions : la création de performances et spectacles, la diffusion de ses créations (régionale, nationale et internationale) et la transmission des arts du geste et du masque dans les conservatoires, les écoles… auprès de divers publics (adultes professionnels ou amateurs, ados, enfants, personnes en situation de handicap…).

Avec la compagnie Théâtre L’écoutille dans chaque création, j’aime aller hors des sentiers battus, aller dans les coins sombres où il y a une bougie allumée, être hors cadre, être libre d’explorer et d’être là où on ne m’attend pas, me surprendre et surprendre le public, le questionner. Redonner du sens, reprendre corps dans ce monde où le virtuel nous arrache à la réalité…

Comment s’est passée cette année particulièrement délicate en raison du contexte du Covid -19 ?

Cette année a été éprouvante comme dans chaque métier. Mais cela a été une année riche en créations et en transmissions dans les ateliers auprès des enfants, une année de remise en question pour mon travail et la compagnie. Que faire ? Tout lâcher ou continuer à résister par l’art ? Comment créer, comment partager ? Quand tout s’arrête, que nous reste-t-il ?

Durant le premier confinement, que de questions, de tourments et puis comme une rébellion interne, un acte désespéré de voir et sentir les festivals et les programmations estivales annulées les unes après les autres, j’ai téléphoné, appelé les institutions pour proposer des spectacles dans la rue en tenant compte des mesures sanitaires. Cela a été entendu par les services culturels de la Mairie de Montauban et un spectacle a vu le jour en août : « Graines de couleurs », moments poétiques, colorés et masqués dans les rues de Montauban pour redonner de la tendresse et de la douceur aux personnes en ces moments difficiles.

Le spectacle «Plumes d’Elle», spectacle sensible sur l’Être où le corps en ombre, la marionnette et la matière dialoguent, devait être joué en avril au Théâtre de Montauban. Il a pu être reporté et joué in extrémis avant le deuxième confinement le 16 octobre dernier. Une belle joie de partages sur le plateau du Théâtre car nous avons dû revoir la configuration scénique et la jauge. Cela a donné un spectacle intimiste et un vrai rapprochement avec le public. Un pur moment de bonheur !

Un autre moment fort de l’année, à la fin du premier confinement, un coup de fil m’arrive de la Boîte à Malice avec qui je travaille depuis 2017 (école des arts du cirque à Montauban) pour une commande de 15 masques, 7 masques bas du visage (rappel du masque covid) et 8 masques expressifs sur la thématique de la déformation du visage, de la peur mais aussi redonner de la joie par les couleurs. En mai, mes mains ont agi dans l’ombre avant que n’apparaissent les masques à la lumière, en public, en juin lors de deux déambulations « Des masques et nous ? » de la Boîte à Malice dans les rues de Montauban.

Un mois de labeur, de questionnements, de retour à la main comme un appel à redonner du sens. Nécessité de la poésie en action. Se remettre en mouvement, lâcher la tête et laisser parler les mains. Ne plus rien entendre, juste voir sortir un masque, puis deux, puis 3… jusqu’à 15.

D’abord, sentir la terre, le plâtre puis le papier : la matière. Sentir, toucher cette fragilité du bout de ses doigts.

Coller, recoller, recoller les morceaux de cette humanité.

Retrouver par l’art le sens premier de ce que nous sommes… humains.

Retour à la source, du beau, du juste, dans la solitude et dans la lumière matinale d’un été en devenir à l’atelier où les couleurs rejaillissent les unes après les autres.

De la matière agissante aux liens que l’on tisse avec les autres, instants éphémères, la création des masques peut prendre enfin corps, souffle de vie sur les visages et dans les paumes des mains des échassiers et des échassières. « Des masques et nous ? »

A la suite de ces déambulations, une exposition de ces masques inspirés d’un masque du Sri Lanka a eu lieu le 8 septembre lors de la présentation de saison 2020-2021 au Théâtre Olympe de Gouges à Montauban.

Au-delà de cette année perturbante et déstabilisante, cela m’a permis de retrouver et de requestionner en profondeur le masque. De repositionner le masque et l’expérience du masque comme révélateur de l’être intérieur. Du masque aux masques : une histoire humaine… et des Dieux. Avant et après le masque, une expérience théâtrale déterminante à vivre !

L’aide et les soutiens financiers apportés à la Compagnie en 2020 ont été plus dans la mise en action des créations proposées, dans le concret. Je sais que la compagnie aurait pu bénéficier des aides de l’Etat surtout au mois d’avril car je devais intervenir avec la compagnie pour un stage de clown au conservatoire CRR de Besançon auprès des élèves du département Théâtre. Je n’ai pas demandé cette aide car la compagnie a des ressources propres et n’a pas d’employés permanents dans la compagnie.

Comment allez-vous organiser cette prochaine année 2021, quelles sont vos prochaines dates et programmations ?

Organiser l’année 2021 est une gageure ! Tout d’abord, je vais continuer à intervenir dans les écoles pour des ateliers mime avec les passeports pour l’art (Mairie de Toulouse) et pour des ateliers de théâtre gestuels à Montauban. Les enfants ont vraiment besoin de se réancrer dans le réel et découvrir leur imaginaire par le jeu. Les adultes en auraient tout autant besoin aussi…

Je reprendrai avec bonheur le chemin de la scène et je retrouverai les sensations extraordinaires avec « On the road again… entre Ciel et Terre », spectacle-performance qui aurait dû être joué en avril 2020 et qui sera donné le jeudi 8 avril à 19h à La Brique Rouge Empalot à Toulouse. Un spectacle- performance hors norme qui nous a permis de vivre un road trip artistique et d’aller à la rencontre des amérindiens Osages et Hopis aux Etats-Unis en 2017 où se mêlent philosophies amérindiennes et questionnement sur notre société. Une quête de sens dans un monde en plein bouleversement ! On pourra enfin partager ces moments-là avec le public un an après la date prévue initialement. Cela nous permettra aussi une visibilité de cette création auprès des professionnels…

Je vais repartir une semaine à Besançon au Conservatoire pour pouvoir voir naître les clowns des élèves de la classe du département théâtre. C’est à chaque fois des moments forts de voir les fragilités et les forces de l’être.

D’autres performances devraient avoir lieu en juin au Festival de la sculpture à Montauban et peut- être ailleurs…

Pour le reste de l’année, c’est forcément un peu flou…

Pourquoi êtes-vous installé sur la région Toulousaine quels sont les avantages et les éventuels inconvénients ?

Je suis revenue dans ma région natale en 2005 après mon périple de formations en Italie, Aix, Marseille, Paris. La région Occitanie est chère à mon cœur. Toulouse, Montauban et toute la région font partie de moi, ses paysages, ses architectures, ses monuments, sa culture, ses personnalités (Nougaro, Olympe de Gouges…), ses diversités sont sans nulle autre pareille ! Une âme aussi têtue, rebelle, douce et pleine de vie !

J’ai l’accent occitan ce qui m’a valu des remarques quand j’étais à Paris… Comme disait le sculpteur Emile-Antoine Bourdelle « Je sculpte en langue d’Oc ». Je pourrai dire « Je créé en langue d’Oc » !

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