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LE MÉTAVERS, UN UNIVERS D’OPPORTUNITÉS, UN UNIVERS À PROTÉGER

Le métavers (contraction de méta univers) est un univers/monde virtuel immersif. Il se présente comme l’acteur de la transition du web 2.0 vers le web 3.0 ou 3D web, donc vers du contenu que l’on ressent et non plus que l’on affiche sur une page web en 2D. Si le métavers fait beaucoup parler de lui ces derniers temps, le concept existe depuis maintenant très longtemps. En effet, le concept de métavers a été introduit en 1992 par Neal Stephenson dans son œuvre Snow Crash et l’idée du concept d’univers virtuel immersif est présent dans le jeu vidéo / Internet ou au cinéma depuis longtemps avec Second Life (2003), Matrix (1999), Ready Player One (2018).

Un positionnement stratégique clé pour les entreprises

Les géants des GAFAM se sont déjà démarqués comme pour Meta (ex Facebook Inc) avec la création d’Horizon son métavers et Microsoft qui ne propose pas de métavers déjà construit mais offre tous les outils pour construire les métavers de demain : Office 365 et Teams notamment seront au cœur de cette stratégie. On peut également noter qu’avec le rachat de plusieurs mastodontes du jeu vidéo, le plus récent Activision Blizzard pour 69 milliards de dollars, Microsoft annonce vouloir développer l’axe du jeu vidéo dans le métavers comme c’est déjà le cas pour Epic Games avec une levée de fonds récente d’1 milliard de dollars pour accélérer le développement de créations d’expériences sociales connectées.

D’autres plateformes comme Decentraland ou The Sandbox se présentent comme un ensemble de parcelles immobilières digitales et proposent un service immobilier virtuel avec l’achat, la revente, la location, etc… En novembre 2021, une parcelle de terrain a notamment été vendue à 2,43 millions de $ sur Decentraland.

D’un point de vue technologique, ces expériences immersives dans un univers virtuel nécessitent certains prérequis, notamment en termes de matériel. Afin de vivre des expériences proches de celles que nous vivons dans le monde réel (ou physique), nous aurons besoin de certains appareils comme les casques de réalité virtuelle et réalité augmentée. Il est alors facilement imaginable que leur utilisation se démocratise dans les années à venir au fur et à mesure que les cas d’usages du métavers se développent. Pour aller encore plus loin dans l’immersion, on voit également apparaitre des gants et combinaisons haptiques qui permettent de ressentir les sensations physiques comme dans la réalité, ou des composants olfactifs, mais leurs usages risquent de prendre du temps à se généraliser, du fait de barrières financières comme technologiques et sans doute psychologiques.

Par ailleurs, le métavers nécessite une importante consommation d’énergie (liée aux environnements datacenters, serveurs, les puissances de calculs nécessaires très importantes et énergivores, le haut débit, …). Il est intéressant néanmoins de constater que l’utilisation du métavers nous permet de réduire notre consommation énergétique dans certains domaines. En effet, le métavers permet d’éviter par exemple l’utilisation de transports pour se rendre à son lieu de travail ou à des événements plus lointains. L’accélération du time-to-market à l’aide de simulations et de modélisations collaboratives dans un univers virtuel permet d’éviter l’utilisation de matériaux coûteux en énergie (dans leur extraction notamment), la création d’actifs physiques virtuels permet de diminuer les effets du « fast consuming ». De plus, on peut envisager des moyens pour développer un métavers plus « green » pour réduire l’empreinte carbone de ce dernier en s’orientant vers des pratiques plus écoresponsables, comme l’utilisation d’énergies renouvelables systématique pour les datacenters (barrages d’eau, éoliennes, etc….) ou encore allonger la durée de vie de ses équipements (casques et lunettes de RV/RA).

Enfin, il est légitime de se demander pourquoi une soudaine popularité du métavers ? Si le printemps 2021, avec le changement de nom de Facebook vers Meta, donne le coup d’envoi du métavers, cela n’a rien du hasard. En effet, il semblerait que tous les ingrédients nécessaires au développement du métavers soient désormais réunis. Premièrement, la récente popularité des cryptomonnaies banalise aujourd’hui l’utilisation de monnaies virtuelles qui seront les fondements des métavers de demain. De la même manière, les avancées technologiques en termes d’équipements que ce soient les interfaces avec les casques de RV ou RA, smartphones ou de capacités de calculs avec le Cloud, les CPUs et GPUs faciliteront l’accès au métavers. Les avancées en termes de réseau avec l’Edge computing ou encore le développement de la 5G faciliteront l’accès et le bon fonctionnement des métavers.

Enfin, la maturité numérique du grand public, largement accélérée par les bouleversements dans les habitudes quotidiennes liés à la pandémie de COVID-19, permet aujourd’hui au métavers de se développer.

Quelles opportunités concrètes représente-t-il pour elles ?

Le métavers fait tomber la frontière qui existe entre réalité et virtuel, élargissant ainsi le champ des possibles pour transposer des cas d’usage de notre quotidien dans un univers parallèle. Si on compte aujourd’hui quelques expérimentations d’acteurs « early adopters », le métavers promet de nouvelles opportunités pour les entreprises et les organisations qui investiront ce web 3.0.

En effet, le métavers impactera nos pratiques et notre environnement de travail. Depuis l’essor du travail hybride, nous devons pouvoir poursuivre nos activités quel que soit l’endroit physique où nous nous trouvons. Les « Horizon Workrooms » de Meta permettent aux entreprises de créer leurs propres espaces de collaboration personnalisables dans lesquels les collaborateurs peuvent partager un espace de travail tout en restant chez eux.

Microsoft a également annoncé la prochaine sortie de sa nouvelle fonctionnalité « Mesh », qui permettra d’interagir avec ses collègues par l’intermédiaire de son avatar et de partager une salle de réunion virtuelle en visio-conférence. Le métavers s’appuie avant tout sur les interactions humaines. Il permettra de rapprocher des personnes à distance l’une de l’autre physiquement pour faciliter la collaboration et les échanges dans un contexte où le mode de travail devient plus flexible.

En outre, le métavers présente de nombreux avantages stratégiques pour les entreprises qui s’y engagent ou s’y engageront prochainement. Cet univers parallèle permettra notamment d’accélérer l’innovation tout en garantissant une meilleure qualité de la production.

Certains acteurs ont déjà initié une réplique de leurs infrastructures dans un jumeau numérique, « Digital Twin » en anglais. Cette copie conforme d’un environnement réel dans le métavers permet entre autres de tester de nouveaux processus et mécanismes avant de les transposer dans la réalité. Le géant américain NVIDIA a conçu sa propre plateforme de métavers nommée « Omniverse » destinée uniquement à l’univers B2B. « Omniverse » héberge un espace virtuel partagé à destination d’ingénieurs, de développeurs et de créateurs et assure une interopérabilité entre différentes applications et fournisseurs d’écosystèmes 3D. Certains acteurs de l’automobile y ont déjà testé leur programme de conduite autonome, comme Mercedes. D’autres, à l’instar de BMW, y ont créé une copie de leurs usines afin d’optimiser leur chaine de production. Un « Digital Twin » permet à la fois de diminuer les risques d’anomalies de production grâce à la reproduction en 3D d’un mécanisme, mais aussi d’accélérer le time-to-market des nouveaux produits.

Par ailleurs, les jumeaux numériques sont capables de remonter de la donnée du terrain grâce à des capteurs numériques fixés sur les objets. L’industrie 4.0 utilise déjà cette technologie, qui permet de réaliser de la maintenance prédictive en anticipant l’usure ou le remplacement de certaines pièces, mais aussi de détecter plus facilement une anomalie. On peut aussi noter l’existence d’autres solutions comme « Remote Assist », l’une des briques d’outils Dynamics 365, qui permettent déjà de réaliser des opérations de maintenance à distance sur des systèmes. Si un agent peut aujourd’hui partager sa vue à un expert pour l’accompagner dans la réalisation d’une intervention, demain il sera possible d’effectuer des remplacements de pièces directement dans un jumeau numérique. Le métavers offre ainsi la promesse d’un meilleur ROI pour le secteur industriel, dans lequel les coûts de production, la capacité à innover et l’optimisation des temps de détection d’un dysfonctionnement sont déterminants.

Dans le retail, le métavers offre de nouveaux leviers de différenciation pour l’expérience client. La digitalisation du point de vente, qui s’est accélérée sur la dernière décennie, est propice à l’introduction de la réalité virtuelle et augmentée, qui comptent parmi les 2 composantes du métavers. Certaines marques de luxe ont déjà franchi le pas en achetant des parcelles de terrain pour créer des expériences immersives ou vendre des accessoires à l’instar de Gucci ou Balenciaga. Le métavers permet également aux clients de tester et d’essayer des produits en 3D avant de les acheter, engendrant des économies de coût pour les enseignes tout en offrant une compréhension plus approfondie des produits. La création virtuelle de modèles exclusifs permet aux marques d’y apposer des certificats d’authenticité, les NFT, uniques et non échangeables dans le monde réel.

En effet, les NFT (Non Fungible Token), qui sont basés sur la technologie blockchain, sont un autre cas d’usage lié au métavers. Les NFT permettent de créer une valeur, et donc une rareté, numérique. Si on considère que la blockchain, et donc les cryptomonnaies, sera le fondement économique du métavers, les NFT seront alors une des clés de la liaison entre le monde virtuel et physique. Si la nature virtuelle des jeux vidéo rend les NFT plus facilement utilisables dans le métavers, on peut aussi imaginer que des éléments plus intangibles tels que propriété intellectuelle (via des brevets) ou savoir-faire puissent se transposer en NFT à l’avenir.

D’ores et déjà, un certain nombre de secteurs ont investi le secteur des NFT, que ce soit le marché de l’art, le marché des spiritueux de luxe, ou encore le secteur de l’immobilier. On ne compte plus les annonces de nouvelles transactions, à des montants qui peuvent faire penser à une approche purement spéculative, d’autant plus qu’une majorité d’entre elles sont indexées sur des monnaies à forte volatilité, telles que les crypto-monnaies. Devant cette émergence de nouveaux marchés, il est primordial que les utilisateurs soient rassurés et assurés. Les acteurs du monde de l’assurance comme de la banque ont ainsi un réel rôle à jouer pour apporter les garanties et les couvertures idoines, de concert avec les créateurs de métavers, afin de concevoir ensemble des environnements qui apportent un niveau de sécurité suffisant à leurs utilisateurs.

Quelles solutions pour sécuriser cet univers parallèle ?

Plusieurs niveaux de sécurité sont à distinguer lorsque l’on parle de la sécurité du métavers : l’accès à ces plateformes, la sécurité lorsque l’on parcourt ces plateformes, la sécurité des informations concernant les individus, ou encore la sécurité dans les transactions réalisées sur ces plateformes. Ces différents aspects ne sont pas nouveaux, et constitutifs de la confiance numérique qui sera un élément clé de l’essor de ces univers virtuels.

Nous voyons ainsi la convergence de problématiques de sécurité physique et sécurité cyber lorsque l’on parle de la sécurité globale du métavers. On peut ainsi tout à fait imaginer une transposition des équipes telles que police ou gendarmerie dans la défense de l’ordre sur le métavers, dans une continuité des rôles de modérateurs apparus à l’époque des forums ou des réseaux sociaux.

Les solutions pour sécuriser l’accès à ces univers sont probablement des solutions déjà existantes pour sécuriser les composants de notre présence numérique, avec une vigilance particulière à porter à la conformité de ces mécanismes de connexion et authentification avec les recommandations souvent émises par les agences gouvernementales telles que l’ANSSI en France par exemple ou la CNIL, tant sur les bonnes pratiques liées aux mots de passe que le recours à différents facteurs pour authentifier un utilisateur (notamment la combinaison de facteurs logiques et physiques : mot de passe, avec confirmation sur téléphone ou par paramétrique biométrique : ce que je sais – le mot de passe, ce que j’ai – le téléphone, ce que je suis – les éléments biométriques).

En termes d’enjeux, nous allons certainement observer une attention accrue portée à la sécurité des transactions et à la protection des données personnelles dans ces univers, afin de pouvoir garantir la légitimité des échanges (entre individus, avec des enseignes de méta-commerce – évolution du e- commerce vers le méta-commerce, ou entre des institutions et des individus par exemple), leur traçabilité et leur véracité.

Ces enjeux ont conduit les premiers acteurs du métavers à se tourner assez naturellement vers les technologies de blockchain, et notamment le recours aux crypto-monnaies permettant de garantir traçabilité et sécurité renforcée dans un monde virtuel sur des actifs non forcément tangibles.

La protection des données personnelles est intrinsèquement liée aux réglementations en vigueur au sein d’états ou de communautés d’états. Nous avons vu de nets progrès dans ce domaine depuis l’entrée en vigueur du RGPD par exemple, au sein de l’Union Européenne. Les décisions autour du Digital Services Act (DSA) et Digital Markets Act (DMA) sont également des pistes encourageantes pour les volets de régulation et de contrôle autour des données personnelles et du rôle croissant d’un nombre limité d’acteurs privés dans de nombreuses facettes de notre vie numérique.

Comment seront traitées nos données personnelles dans le métavers ?

Les données personnelles sont intimement liées à la notion d’états et d’instances réglementaires pouvant statuer sur des volets législatifs.

Or, ce concept d’Etat va être sans doute remis en question avec le développement des métavers qui visent justement à faire disparaître les frontières et les barrières physiques. Dans ces conditions, quelle définition pourra-t-on apporter d’un Etat et quelle répartition de responsabilités verra-t-on se développer entre acteurs étatiques (ou communautés d’Etats) et acteurs privés, à l’origine de ces métavers ?

Verra-t-on ainsi se développer des autorités de régulation des autorités et avatar virtuels afin de favoriser la certification des identités virtuels ? Des passerelles officielles seront-elles initiées par les gouvernements, comme c’est en train de se mettre en place en France par exemple, entre identité physique et virtuelle ?

Le RGPD est très certainement un exemple à reproduire à plus large échelle, tant géographique que dans son périmètre d’application. En établissant des règles claires liées à la protection des données personnelles, à la localisation des acteurs réalisant les traitements sur ces données personnelles, et en autorisant l’application d’amendes en cas de non-respect de ces exigences, les Etats disposent d’un premier levier de régulation vis-à-vis d’acteurs privés ou publics qui viendraient mettre en péril la confidentialité des données qui leur sont transmises.

En parallèle, la prise de conscience croissante du grand public quant à la protection de ses données sur Internet, doit aider à créer un espace de confiance dans ces univers virtuels. Nous allons sans doute assister à une phase de structuration du marché, durant laquelle des acteurs de toutes tailles, de toutes réputations, engageront une lutte pour asseoir une position privilégiée dans le paysage des univers virtuels. Il est primordial que, durant cette phase d’incertitude, les Etats comme les institutions positionnées comme tiers de confiance, informent, expliquent et rassurent les futurs utilisateurs de ces systèmes, afin d’éviter une fuite en avant et que chacun déverse aveuglément une multitude de données personnelles, voire biométriques, sans disposer des garanties nécessaires quant à leur protection en retour.

Enfin, la question de la transparence des technologies va prendre encore plus d’importance avec l’avènement de ces mondes virtuels, que ce soit aussi bien les algorithmes qui sous-tendent des mécanismes d’intelligence artificielle par exemple, ou qui régissent le traitement des données personnelles. Dans une projection où des métavers deviennent un espace de travail, de divertissement, de vie numérique, il semblerait concevable que la société civile ait un droit de regard sur quelles règles sont en vigueur dans ce nouveau pan de société. Se pose ainsi la question de la légitimité des acteurs et du rôle des gouvernements ou pouvoirs publics dans la création, la régulation de tels espaces. L’open source peut être un élément de réponse pour permettre cette transparence, à condition que des initiatives puissent être promues à l’échelle mondiale et disposer de financements suffisants ou d’alliances stratégiques avec des acteurs technologiques, sociaux, de divertissement par exemple.

Par Pierre Jacob (Principal), Aurore Albrech (Consultante Senior), Hakim Jlidi (Consultant) et Maxime Levrel (Consultant Senior) – Magellan Consulting, entité du groupe Magellan Partners.

Crédit photos: Iryna Imago- Shutterstock.

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