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LES PASSAGERS : SERIEZ-VOUS PRÊT À GOUTER AU REBROUSSE-TEMPS ?

Après avoir publié des nouvelles qui l’ont distinguée, Julia Brandon propose son premier roman aux éditions Lys Bleu. L’ouvrage porte le curieux titre : Les Passagers. Qui sont-ils ? Ce livre de plus de trois-cents pages suit plusieurs personnages aux quêtes entremêlées. Nombreuses sont les références à des classiques du genre de la littérature jeunesse ou pour adolescents. Tout débute par la présentation de Félix et de sa sœur jumelle Caméo. Petit à petit, l’un des deux commence à manifester des symptômes de magie. Dans un contexte totalement fictif, l’auteure va créer un microcosme, un monde très pastoral, dans lequel vit la famille « parfaite » des Vick. Sa mère Séraphine est mariée à son époux Hostie. En apparence, tout semble correct, mais le chef de tribu a l’air particulièrement virulent et inquiet quant aux visions ou expériences paranormales de sa descendance masculine, qu’il délaisse au profit de sa sœur, la « chouchoute ».

Comme de nombreux protagonistes de contes pour enfants, ce jeune est différent et « élu », car il a pu voir la demeure de Grimal, l’ogre qui fabrique des confiseries surnaturelles, permettant de voyager dans le temps. D’ailleurs, son professeur est devenu accro à ces petits bonbons baptisés « rebrousse-temps ».

Le pauvre veuf a perdu sa fille, Nejma, retrouvée inanimée dans la rivière à quelques pas de leur foyer… Les personnages de Félix et Gustave sont liés par la magie et la connaissance de cet autre monde invisible…

Le rejet vécu par Félix rappelle le profil de Vernon Dursley dans la saga culte de livres de jeunesse Harry Potter, écrite par J.K. Rowling. La maison accueillant Harry, qui est encore ignorant de la vérité, mais bien conscient d’être différent cherche à tout prix à sauver les apparences et à adopter la posture de famille « parfaite » et sans esclandre… Malgré un lien mère-fils très intime, Félix comprend qu’il n’est plus à sa place et que plus jamais les choses ne seront comme avant. De plus, les références à Harry Potter sont clairement identifiables : la présence d’une chouette harfang des neiges en guise de « familier » chez les sorciers ou bien des noms à connotation semblable à « Servius » qui rappelle étrangement Severus Rogue, le professeur de potion épris de Lily, la maman décédée du protagoniste…

Le tabou de l’infidélité vivement attaqué et exploité

Au départ, le lecteur ressent la sensation d’être en présence d’un livre pour jeunesse, comprenant néanmoins une grande part de sexualité et des scènes érotiques. Grâce au soutien et à l’aide de son enseignant, le petit Félix va intégrer le monde invisible. De nombreux lieux redondants et aisément identifiables viendront ponctuer le récit, tel le manoir à la façade violette de Sylvestre. L’adolescent fait la rencontre d’autres élus comme lui, des mages puissants qui maîtrisent des compétences spécifiques.

Virgile, Hector, Pégaste et Auguste, arborant des couleurs et possédant des pouvoirs propres à chacun. Ces capacités hors du commun évoquent également les dons des vampires de la saga Twilight, écrite par Stephenie Meyer. Le clan des Volturi par exemple présente un personnage féminin pouvant infliger la souffrance sur commande à n’importe qui.

De nombreux objectifs se complètent et s’ajoutent à une liste conséquente. L’auteure entraîne son lecteur dans plusieurs interrogations et n’hésite pas à traiter de questions sous-entendues comme la descente aux enfers et l’addiction aux drogues. En boucle, Gustave revit la fameuse journée où sa petite Nejma disparaît. Peut-il vraiment y faire quelque chose ? L’entourage du mage est louche. Une conspiration se trame sans doute derrière ce décès suspect. L’écrivaine maîtrise les codes du suspense et du mystère, grâce à des révélations certes attendues, mais menées au bon moment. La découverte du roman Les Passagers est tout simplement addictive.

Une installation de l’intrigue très rapide

L’intrigue est fluide, les rôles facilement identifiables… Les arcs sont clairement séparés par des chapitres et parties, pour ne pas perdre le lecteur, les scènes sont ponctuellement datées. 

Destiné à un public jeune, ce livre place le lecteur face à une certaine idée du fatalisme. Malgré toute la bonne volonté du monde, certains personnages ne parviennent pas à obtenir satisfaction. La vérité exposée n’est pas toujours celle à laquelle nous nous attendons. En réalité, cette lecture divertissante joue avec les codes du genre, tout en bousculant parfois les clichés.

À la découverte de trahisons insoupçonnées, le vieil Amarin, gérant de la Fabrique de la Vallée conseille à son ami les mots suivants : « Si tu tues qui que ce soit dans le passé, alors le présent n’existe plus. »

 Cela donne à réfléchir sur les conséquences de nos actes et sur les tragédies de la nature. Si le lecteur avait le pouvoir de ressusciter un être cher, le ferait-il au détriment de l’éthique et surtout de l’ordre des choses ? Une aventure haletante et riche en action, qui n’hésite pas à reprendre des éléments traditionnels comme le désir fratricide et la dépression, sous un angle osé.

Crédit photos: Media Livres.

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