Nos régions
Carte de la France - Grand-Est
Carte de la France - Bourgogne-Franche-Comté
Carte de la France - Île-de-France
Carte de la France - Occitanie
Carte de la France - Haut-de-France
Plus

MARNE : LE MEDEF ET LA FNSEA, MAIN DANS LA MAIN POUR VALORISER LA DÉMARCHE EPITERRE

Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux et la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, se sont rendus au cœur de la Champagne crayeuse afin de planter des haies en bordure d’exploitation, illustrant le contrat Epiterre, passé entre agriculteurs et entreprises.

L’image est aussi peu banale que symbolique. Geoffroy Roux de Bézieux était dans la Marne, avec Christiane Lambert, présidente de la FNSEA afin de planter une haie dans le cadre du dispositif Epiterre. Pelle et matériel de plantation à la main, c’est avec un enthousiasme non dissimulé que « le patron des patrons », s’est adonné à cet exercice afin de compenser les émissions carbone de l’édition 2020 de la Renaissance des entreprises de France (ex Université d’été du Medef).

« Epiterre est une marque, une solution clé en main, créée par la FNSEA et le réseau Imagin’rural qui propose aux entreprises, collectivités ou associations de construire des partenariats locaux avec les agriculteurs pour valoriser ou produire des services environnementaux », explique Christiane Lambert. « C’est très important que Geoffroy Roux de Bézieux soit là aujourd’hui pour marquer l’intérêt que portent les entreprises françaises, à une compensation à la française », insiste la présidente de la FNSEA.

« Très souvent, les entreprises vont compenser en Indonésie ou en allant planter des arbres en Amazonie. Cette plantation de haie, ici, dans la Marne, c’est une première en France. Nous souhaitons, par ce message, que toutes les entreprises s’y intéressent et se tournent vers les agriculteurs de leur département. »

Un contrat avec plusieurs bénéfices

Ces contrats conclus entre le client et les agriculteurs sont des contrats de prestation de service environnemental (CPSE). Ils permettent de rémunérer un agriculteur pour la mise en place de ces actions dans un objectif précis (restauration d’un habitat ou d’un écosystème, protection des ressources, etc). Ils s’accompagnent d’un cahier des charges très précis qui fixe les mesures auxquelles s’engage l’agriculteur.

En compensation du foncier mis à disposition mais aussi de l’entretien, ce dernier perçoit une rémunération de l’entreprise partenaire. « J’ai mis à disposition mon foncier et c’est la Fédération des chasseurs qui a pris en charge toute l’ingénierie, la prestation de paillage, protection et plantation des plants mais aussi de semis, des pieds de haie et des fenêtres », explique Alexandre Martel, agriculteur à Gourgançon (Marne).

« La Fédération des chasseurs est partenaire et membre fondateur de Symbiose, association œuvrant pour la biodiveristé, elle a une expertise depuis plusieurs années en matière de plantation de haies », souligne Sophie Sarton du Jonchay, chargée de mission environnement à la Fédération des chasseurs. « Il y a un vrai intérêt cynégétique pour la chasse sur ce territoire pour favoriser le gite du petit gibier de plaine, notamment les oiseaux. La haie a ausi de multiples avantages agronomiques et paysagers. Il y a des intérêts aussi par rapport à la fixation du carbone, à l’accueil d’auxiliaires de culture, qui permettent de réguler les parasites et ainsi limiter les usages d’intrants. »

« Nous sommes ici en plein cœur de la Champagne crayeuse, avec des espaces qui sont très ouverts, défrichés il y a très longtemps après la Seconde Guerre mondiale quand la priorité était de nourrir les populations, poursuit Alexandre Martel. Aujourd’hui, l’attente du grand public c’est de voir une trame verte. Il y a un enjeu national qui consiste à recréer cette trame verte agricole. L’agriculture s’est toujours adaptée à la demande du grand public. Ma conviction est qu’il faut revenir vers des aménagements qui permettent d’assurer la vie et la survie de la petite faune de nos plaines, que ce soit des oiseaux ou des insectes. »

Grâce à Epiterre, qui allie les compétences juridiques de la FNSEA et celles, écologiques et agronomiques d’Imagin’Rural, les prestations environnementales sont adaptées au territoire concerné. L’équipe Epiterre co-construit le projet clé en main avec le client et permet de s’appuyer sur un réseau de plus de 200 000 agriculteurs présents dans 98 départements pour animer des actions.

« L’objectif est de faire le lien entre le monde de l’entreprise et celui de l’agriculture, afin d’améliorer notre empreinte carbone grâce au stockage de carbone dans le sol, mais aussi par l’implantation de haies ou de jachère mellifère », explique pour sa part Hervé Lapie, président de la FDSEA Marne et FRSEA Grand Est. « Cela fait 10 ans que l’on a créé l’association Symbiose qui s’inscrit dans cette pratique, où on accompagne les agriculteurs dans des aménagements qui favorisent la biodiversité. »

Compenser et investir dans de nouvelles solutions

Réfléchir collectivement et déterminer ce qui est le plus important à l’échelle d’un territoire, voilà ce qui est au cœur de la démarche de la création d’Epiterre. Car les agriculteurs sont aujourd’hui non seulement en réflexion quant aux pratiques de leur métier mais ils sont aussi en première ligne lorsqu’il s’agit de créer de la richesse.

« L’agriculture se réinvente perpétuellement, et elle a de très nombreuses solutions pour le monde de demain. Il ne faut pas oublier qu’elle représente 58% du territoire français », insiste Christiane Lambert, détaillant : « La capture carbone, la production de biomatériaux pour le secteur de la  construction, les habitations mais également l’industrie automobile avec les biocarburants ou encore les produits biopharmaceutiques, l’agriculture verdira l’industrie de demain. Les ressources sont dans nos champs, nos sols, nos prairies. La biodiversité est un bien commun, mais elle ne doit pas reposer sur les seules épaules de l’agriculteur. Voilà pourquoi l’idée d’un contrat qui quantifie les coûts, les engagements et les apports positifs avec une entreprise qui, elle, est capable de payer est une nouvelle manière de répondre aux enjeux environnementaux. »

Pour autant, on peut s’interroger sur la « facilité » pour une entreprise de payer une compensation carbone plutôt que d’entamer des investissements pour transformer son appareil de production. « Il faut faire les deux. Accélérer la transition énergétique dans les entreprises et compenser les émissions carbone », insiste Geoffroy Roux de Bezieux. « On ne peut pas changer ce qui a été conçu depuis 200 ans du jour au lendemain. Il y a une solution, mais nous n’en voulons pas, c’est la décroissance : c’est-à-dire arrêter de produire, arrêter de consommer, arrêter de vivre en quelque sorte. Il y a des objectifs ambitieux, compenser c’est déjà un premier pas », observe-t-il, souhaitant également que le gouvernement aille plus loin dans son accompagnement des entreprises.

« Il ne faut pas se dire qu’on va répondre au problème juste en compensant car sinon il y a une espèce de droit à polluer qui n’est pas sain. La première des choses est de mesurer ce qu’on produit mais aussi de prendre en compte toutes les externalités, en amont et en aval. La deuxième chose est de réfléchir à la manière de changer les process : les économies de matière, d’énergie. Par exemple, passer du moteur thermique au moteur électrique, là on change de monde, il y a énormément d’investissements à faire. Le Plan de relance soutient ce changement, il prend un pourcentage, 10 à 20% des investissements des appels à projet, mais il reste quand même, pour l’entreprise 80 % à payer ! Et souvent, un investissement de décarbonation, ce n’est pas rentable pour l’entreprise. Le Plan de relance va dans la bonne direction mais il va probablement falloir aller plus loin », appelle de ses vœux le président du Medef.

Et si un premier pas a été franchi avec la plantation de 4 kilomètres de haies sur plusieurs exploitations dans le secteur de Gourgançon, qui mettront entre 5 et 10 ans à prendre leur forme définitive, il reste encore un long chemin à parcourir. Epiterre en est un des premiers leviers.

Crédit photos: Nastasia Desanti.

Vous souhaitez vous exprimer sur un sujet ?

Comment devenir contributeur

Sur le même sujet

DOM/TOM MARTINIQUE

MARTINIQUE : DES SOLUTIONS AGRICOLES POUR RÉHABILITER LES TERRES POLLUÉES PAR LE CHLORDÉCONE

AGRICULTURE

Le chlordécone, ce pesticide utilisé sans aucune précaution pendant 20 ans dans les bananeraies, n’a pas seulement gravement affectés nombre de Martiniquais, il a aussi durablement pollué une bonne partie des surfaces agricoles de l’île. Au pied de la Montagne Pelée, une exploitation pilote, les Jardiniers du Nord, s’emploie à les remettre en culture.