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UN TEDx RÉMOIS SOUS INFLUENCE(S)

Le centre des Congrès de Reims accueillait ce 1er décembre la 7ème édition du TedX rémois, reportée depuis 2 ans pour cause de Covid. Pour ceux qui l’ignorent, les TedX, en plus d’être une célèbre chaine Youtube à plus de 36 millions d’abonnés sont des événements organisés autour d’un thème, où se déroulent des conférences orchestrées par des intervenants de renom. Et ce, depuis 25 ans, décuplé dans tous les pays à travers le monde. Cette nouvelle édition a vu se réunir un public de plus de 750 personnes dont les 3/4 assistaient pour la première fois à ces talks. On a ri, on a été touché, bluffé: résumé.

Au cours de cette soirée, tour à tour, 7 intervenants se sont exprimés sur le pouvoir des messages, de l’image, du lead dans une conférence sur le thème de l’Influence. Peut-on garder son libre-arbitre dans un monde qui, aujourd’hui, n’est fait que d’influences ? Peut-il y avoir influence sans émotion ? 

« Influencé, influençable, influenceurs », autant de mots, usuels et communs, qui prouvent que l’influence est partout, sous toutes les formes.

Patricia CHAIRA,  l’influence des femmes oubliées devenues des modèles

Journaliste et reporter de guerre, Patricia Chaira nous évoque l’importance des femmes dans une société où les hommes restent les modèles de référence. Elle cite la physicienne Marie Curie, exception qui confirme la règle, et subtilement nous fait comprendre que beaucoup de femmes ont fait des découvertes extraordinaires mais qu’elles on finit par être totalement spoilier pour une reconnaissance exclusivement masculine.

Dans tous les domaines, de grandes femmes ont marqué leur époque mais leurs images sont restées écornéés, « le temps s’est échiné à minimiser l’influence des femmes »  ajoute-t-elle.

Patricia Chaira nous avoue que c’est pour ces femmes qu’elle mène son combat quotidien : réaliser des documentaires, couvrir des conflits au Moyen-Orient, ces modèles féminins l’aident à puiser sa force à chaque instant.

Camille Claudel, Rosa Bonheur, Lee Miller, autant de femmes qui se sont affranchies des règles pour perdurer dans leur art. Est évoqué également le sacrifice des femmes, par amour pour leurs maris, avec les couples iconiques Emma et Gustav Malher, Clara et André Malraux, toutes deux dissuadées de vivre de leur passion: l’écriture, pour redorer l’image de leur écrivain de maris trop peu enclins à les laisser vivre, elles-aussi, dans la lumière. « osez revendiquer votre talent, soyez libres, inspirez-vous de ces femmes qui ont osé aller au bout de leurs rêves ».

Patricia Chaira se livre et nous confie que la photo-journaliste Gerda Taro a eu « une véritable influence positive à un moment où je voulais renoncer ». Morte à 27 ans sur le front, celle qui a réunit 800 photos remarquables de la guerre d’Espagne, est un modèle pour elle. « Depuis l’enfance, on évolue à travers des modèles mais l’Histoire ne nous ouvre qu’aux figures masculines. »

A force de ténacité, dans un monde d’hommes, dans lequel il n’est pas toujours évident de se faire une place, Patricia Chaira  souhaite aujourd’hui « partager la lumière » juste pour le plaisir d’avancer, dans son essence : la liberté d’action et d’être. Et de conclure qu’« à coté de chaque grande femme, il y a un homme ».

Alix PELLETREAU, à l’assaut de l’urgence éducative

Comment accepter de vivre à contresens ? Comment lever les blocages pour que chacun puisse trouver sa place ? En 2018, Alix Pelletreau ouvre une école alternative, son objectif : s’adapter aux réels besoins de l’enfant. Elle a une conviction, celle que « chaque enfant quelque soit son origine, peut faire des étincelles ». Elle nous raconte l’histoire significative de Youssef, où s’entremêlent sensibilité et générosité. Alix Pelletreau nous explique ainsi l’influence d’un environnement positif sur le développement de l’enfant, un environnement où on prend le temps d’entrer en contact avec l’enfant, de le regarder régulièrement dans les yeux, de déjeuner avec lui. Elle ajoute que « ne pas stimuler le regard d’un enfant gène le développement de son cerveau. ».

Dans une société hyper-connectée, « il est temps de se rendre compte que les écrans ne remplaceront jamais le contact humain ».

L’expérience montre que tout se passe dans la grande jeunesse de l’enfant, d’où l’importance de la maternelle et de la primaire dans la progression de l’enfant. « Il faut trouver la défaillance dans l’environnement et la corriger. » insiste-t-elle.

Alix Pelletreau ajoute également que le cadre éducatif est important, et que, sans discipline, il n’y a pas de liberté, c’est-à-dire qu’un environnement bien construit permet de faire grandir un enfant. « Prendre le temps de regarder un enfant permet de remettre de l’espoir en lui, de la confiance ».

A force de recettes de grand-mère et grâce à la passion de transmettre le savoir à des plus jeunes, Alix Pelletreau nous rappelle que le travail des enseignants est un petit bout de miracle face à des enfants parfois en difficulté. « C’est bizarre de vouloir changer des méthodes ancestrales qui fonctionnent encore et qui ont encore de l’influence sur nous, c’est comme rouler à contresens ».

Dr Richard MATIS, de l’influence de la violence sur les femmes 

Stress, cauchemars, maladies chroniques, diabète, cancers, polyarthrite, et si on vous prouvait que tous ces états de santé sont influencés par les violences suite à des psycho-traumatismes ? Le Docteur Matis, gynécologue-obstétricien à l’hôpital d’Armentières de Lille nous explique que toutes ces situations de violences intenses et extrêmes pour lesquelles nous ne sommes pas programmés (viol, attentats, violences conjugales, etc…) peuvent engendrer, à plus ou moins long terme, une liste significative de maladies et de symptômes souvent insoupçonnés.

Lors d’un traumatisme, il se produit une sorte d’anesthésie émotionnelle, une dissociation traumatique qui perdure à travers le temps si elle n’est pas comprise et soignée. En effet, lors d’une scène violente, le cerveau coupe les flux d’hormones pour ne pas mourir ce qui crée une mémoire traumatique ingérable, puis un état de panique et enfin des symptômes et des maladies chroniques de fond.

Le Docteur Matis nous raconte que « cette mémoire traumatique ne s’estompe pas avec le temps » mais que nous pouvons la guérir. « On ne peut pas gérer seul notre cerveau, mais une psychothérapie adaptée aux traumatismes permet de ranger la mémoire traumatique au bon endroit du cerveau. ». Les violences physiques et psychiques créent une perméabilité aux maladies chroniques et peuvent même modifier notre génétique en fonction de notre environnement. (épigénétique). Toutefois, ces modifications génétiques sont réversibles en changeant l’écriture du gène.

Dans un souci de prévention, le Dr Matis nous rappelle l’importance de reconnaître les victimes en tant que telles « Il faut poser la question des violences aux personnes qui souffrent de maladies chroniques » car en traitant le psychosomatique, on peut guérir un cancer par exemple. Il faut à tout prix changer son regard sur ces victimes.

La première pierre à l’édifice d’aide et d’empathie pour aider la victime dans sa reconstruction est de poser une simple phrase : «  je te crois ». Ce monsieur encourage finalement toutes les victimes de violences, quelqu’elles soient à se faire aider.  En somme, « libérer sa parole pour améliorer sa santé« .

Jérémy STEMPFLIN  : « Il marche pour respirer », une course contre la maladie

Jérémy Stempflin, atteint d’une maladie des poumons et des muscles, lutte pour ne pas laisser la maladie guider sa vie. « Rarement, j’ai entendu, laisse toi influencer par cette personne ». Pour lui, l’influence doit être une source d’inspiration. A 22 ans, il ne peut plus monter 2 étages sans être essouflé, il prend beaucoup de poids, son cerveau est en état de choc. Ainsi, il se pose cette simple question : « A quoi je sers à 22 ans ? » , il a besoin d’une motivation pour ne pas sombrer. C’est (presque) tout naturellement, malgré son état de santé, qu’il choisit le sport pour se lancer un défi face à la maladie malgré les avis de ses proches. Ce sera une marche, une longue marche à pied de Colmar à Paris.

Face à tous les messages de félicitations et de soutien qu’il reçoit, il décide de publié son quotidien, ses opérations, ses traitements sur ses réseaux sociaux. Il est aujourd’hui suivi par plus de 125 000 personnes. Il incite les gens à ne pas baisser les bras face à la maladie. Bob Sinclar, parrain de son association « Marcher pour Respirer », et de nombreux autres artistes ont cru à la nature de son combat. Cette traversée de la France d’Est en Ouest a eu une « influence magique » à sa petite échelle et c’est tout ce qu’il cherchait à insuffler dans le quotidien des malades qui le suivent. 

Sa plus belle fierté : les messages d’amour et de positivité reçus lors de son 2ème défi : marcher 24h non stop, pour atteindre 100km autour d’un stade de foot (environ 200 tours de terrain) défi ouvert à tous en relai. 

« L’influence négative telle qu’on peut la percevoir n’est pas une fatalité ; A l’ère des réseaux sociaux nous restons responsables des clics que nous faisons. Notre parcours, nos regrets, nos remords, nos joies, nos défaites font ce que nous sommes. » Finalement, le morale de son histoire est qu’ « il faut vivre aujourd’hui plutôt que demain ». 

Marta BERTHONNEAU, de l’intelligence émotionnelle 

Son TedX commence avec une anecdote dans le métro, on y parle de dissonances cognitives et d’une agression transphobe. Martha Bertonneau est formatrice et coach en management des relations et intelligence émotionnelle. Soudain, on entend que 40% des personnes transgenres feront une tentative de suicide à la suite d’une agression ? Pourquoi chacun devrait rentrer dans le rang au nom de la conformité ? Selon iel, l’explication se trouve dans le fonctionnement de notre cerveau.

Dans une relation d’agression, l’agresseur a été le jouet de forces qui le dépassent. Nous sommes tous doués de conscience, en effet, le cerveau a accumulé des fonctionnements types pour nous faire gagner du temps.

Le cerveau fonctionne par des raccourcis de jugement, pour mieux vivre en sécurité dans le présent. Le concept fort/faible va créer des relations de domination. Si on considère que la forme est masculine, cela va développer le masculinisme et des comportements sexistes. Le stéréotypage, mène au racisme et au sexisme. Les croyances deviennent une injonction à abattre celui qui ne correspond pas à la norme. Le fonctionnement des biais cognitifs est inconscient.

Les émotions influencent également notre comportement. Pour preuve, une émotion émerge quand nous percevons une transformation ou un danger dans notre environnement. La société identifie les émotions comme une faiblesse, mais plus on cherche à les faire taire, plus elles grossissent.

Marta Berthonneau nous explique par exemple que la colère n’est finalement que la recherche de respect et qu’il en résulte de l’agressivité et de la violence si ce besoin n’est pas comblé. Combien de drames seraient évités si les individus avaient conscience de leur état émotionnel ? Comprendre ce que nous ressentons plutôt que d’y céder ? Iel nous encourage à « nous préserver de nous-mêmes ensemble, savoir formuler nos inquiétudes et nos agacements ; demander une aide plutôt que de rentrer dans les préjugés, et ainsi se révéler cognitivement. » De quoi j’ai besoin ? Comment vais-je le dire ? A bon entendeur. 

Julie Mamou-Mani alias « MAMOUZ » : ALL YOU NEED IS LOL ou l’influence du rire dans notre quotidien

Tout commence par un exercice de yoga du rire. Outil merveilleux qui peut nous aider à dédramatiser toutes les situations ou presque. Julia Mamoumani nous apprend, avec stupéfaction, que le temps de rire moyen en 1939 était de 20 min, versus 2 min en 2022. Et quelle tragédie pour cette militante du rire qui nous confie que « la clé c’est de ré-orienter son regard sur le monde, et le quotidien ». Le rire est une véritable pilule du bonheur pour elle et elle tient ça de ses grands parents, immigrés tunisiens. 

 « Il en faut du courage pour voir la vie du bon côté » ajoute-t-elle, elle qui rêvait de faire un média positif, et trouver le salut dans le digital. Pour cette journaliste-influenceuse, la ligne éditoriale de ces publications est tout simplement: le rire, stratégie payante qu’elle a développé pendant la période du confinement en 2020 et depuis, elle fait de plus en plus d’adeptes.« L’info positive, ça fait du bien, le second degrés et le rire sont des outils utiles pour surfer sur la vie. » Productrice de bonne humeur, elle milite pour que nous prenions l’actualité avec beaucoup plus de recul. 

« On peut rire dans toutes les situations ». Il convient, si on l’écoute, d’ « épicer notre vie car rire permet de reprendre le pouvoir sur notre vie et notre santé« . Les exemples des bienfaits du rire sont nombreux: anti-dépresseur naturel, renforcement du système immunitaire, soulagement de l’anxiété, meilleure digestion, et surtout, c’est gratuit. 

Convaincue par les bénéfices du rire, elle insiste sur le fait qu’il faut s’influencer positivement face à la vie. Au-delà de la blague, « l’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive » et on est bien d’accord avec elle. 

Jérôme LAVILLAT, quand le concept de réactance peut ouvrir un nouveau champ des possibles 

Jérome Lavillat, publicitaire et directeur de stratégie de l’agence Romance commence son discours ainsi « Ne cherchez ni débattre ni à convaincre. » On se rend compte que, dès le plus jeune âge, on nous apprend à raisonner, à enchainer des idées logiques mais dans quel but ? En matière de psychologie, ce pragmatisme idéalisé par la société est inadapté pour comprendre les mécanismes humains. Et oui, « Un bon argument permet rarement de convaincre ». Son histoire est simple : « J’ai passé des heures à regarder les gens » nous confie-t-il et « argumenter n’est pas la manière la plus efficace pour faire changer d’avis ».

L’efficacité des campagnes de publicités n’est plus à démontrer et, selon lui, plus les arguments sont rationnels et le discours précis, et moins efficaces sont les campagnes pour faire évoluer la perception de la qualité des produits Des études ont prouvé que l’incitation à adopter un comportement « A » mène à le consommateur a choisir presque irrémédiablement l’option « B » dans la majorité des cas.

Jérôme Lavillat nous parle alors du phénomène de « réactance », ce mécanisme, découvert à la fin des années 60 qui constitue une défense psychologique et induit une réaction quand on se sent en danger. Ainsi, on aura tous l’impression d’enfreindre sa liberté si on essaie trop de nous imposer des arguments. Ce mécanisme est présent chez l’humain dès l’âge de 2-3 ans, même l’enfant ira délibérement vers des actions contradictoires à ce qu’on voudra lui imposer. La réactance peut alors devenir l’origine de mouvements de masse et de viralité.

Mécanisme psychologique bien connu aujourd’hui, la « réactance » est pour ce publicitaire chevronné un « formidable outil pour maintenir notre liberté mais aussi un outil de manipulation redoutable s’il est entre de mauvaises mains« . Il nous rappelle avec beaucoup d’élégance le fait suivant : « Alertez-vous si une personne vous dit : « je ne cherche pas à te convaincre », c’est probablement qu’elle est en train de franchir la barrière de la réactance ».

L’Equipe de ce Tedx fut à la hauteur de l’événement et le partage de ces puissantes idées a su créer chez le public présent beaucoup d’inspiration et d’envies d’action, mission réussie et à l’année prochaine !

Crédit photos : Nastasia Desanti.

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